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Un nouveau circuit dans l’ancienne ville de Saint-Jean-Baptiste

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 Cottages de la « Place Comte », rue Drolet entre les rues Duluth et Roy, construits en 1873, par le zouave pontifical et homme d’affaires Gustave-Adolphe Drolet, pour stimuler la construction dans un vaste projet immobilier à Saint-Jean-Baptiste.  Photo, Bernard Vallée, 2006.

Saint-Jean-Baptiste, la ville des zouaves : un circuit guidé dans l’ancienne municipalité au cœur du Plateau-Mont-Royal

— Qu’est-ce que Saint-Jean-Baptiste ? On connaît bien sûr l’église de la rue Rachel dont le vaste vaisseau s’ouvre aux concerts ; mais connaît-on l’histoire de cette ville de banlieue du dix-neuvième siècle, une des cinq anciennes municipalités sur le territoire actuel du Plateau-Mont-Royal ? Le ruisseau de la tannerie coule-t-il encore ? Où étaient les carrières et les fours à chaux du coteau Saint-Louis ? Où pouvait-on assister à des courses de chevaux ? Qu’est devenue la villa palladienne là où passe la rue Garnier ? Peut-on encore voir une ferme au centre du Plateau ? Qu’est devenu le grand Patinoir [sic] de la rue Saint-Hubert ? D’où viennent nos ruelles à géométrie variable ? Comment le triplex à escaliers acrobatiques a-t-il fait son apparition sur le Plateau ?

Pour connaître les réponses à ces questions, un circuit à pied dans l’ancienne ville de Saint-Jean-Baptiste vous emmène au cœur de l’actuel Plateau Mont-Royal.

 À travers rues et espaces publics d’un secteur qui a aujourd’hui l’une des plus fortes densités de population et un bâti serré, on cherchera les traces de ses origines et des étapes marquantes de ses premiers développements, en découvrant des sites qui en témoignent encore ou qui ont abrité autrefois des bâtiments et des usages aujourd’hui disparus. Le circuit permet aussi de comprendre l’apparition d’aménagements urbains et de type de résidences qui sont une grande part du charme qu’on reconnaît aujourd’hui au Plateau.

 Gustave-Adolphe Drolet (1844-1904), avocat et homme d’affaire en 1898 ; trente ans après ses « exploits» au service du Pape Pie IX, il porte toujours son uniforme de zouave pontifical ! Il est un des acteurs majeurs de la naissance de Saint-Jean-Baptiste. Albums de rues E.-Z. Massicotte, BANQ.

Zouaves pontificaux : les défenseurs du pape se tournent vers l’immobilier

Mais il y a plus… car Montréal Explorations raconte aussi l’action structurante, dans l’émergence de ce paysage, d’un groupe de promoteurs ambitieux et très influents dans les milieux économiques, politiques et… religieux. Gustave Drolet et Sévère Rivard, deux des quatre promoteurs ayant joué un rôle clé dans vaste et lucrative opération immobilière au centre du village Saint-Jean-Baptiste, avaient bâti leur réputation sur leur engagement comme « zouaves pontificaux », partis pour défendre les États du Pape contre les forces luttant pour unifier l’Italie. Drolet fait construire en 1873 de coquets cottages modèles pour stimuler la vente des lots au moment même où, avec ses associés, il offre le terrain pour la future église paroissiale. Le circuit évoque quelques-unes de ces figures de la bourgeoisie montréalaise, les Bagg, Cherrier, Cadieux, Drolet, Boyer, Logan, etc., qui ont jeté les fondements du paysage du Plateau d’aujourd’hui et parfois de sa toponymie.

Villa Rockfield (Logan House), résidence de James Logan (av. 1796-1865) et de son frère le grand scientifique Sir Willam E. Logan (1798-1875) ; elle était située au milieu de l’actuelle rue Garnier, au sud de l’avenue du Mont-Royal. Photographe : Weston, T.C., Bibliothèque et Archives Canada PA-050934.

Sir William E. Logan (1798-1875), le célèbre géologue en 1871, alors qu’il résidait à la villa Rockfield, après la mort de son frère James. Photographe : W. Notman, Musée McCord I-66520.

D’une terre de bois et de carrières aux premières banlieues, les origines et le développement d’un quartier du Plateau

En prenant comme exemple l’ancien village, puis la ville de Saint-Jean-Baptiste, entre les rues Duluth et Mont-Royal, Du Parc et Papineau, le circuit fait découvrir le Plateau des origines, mais aussi son évolution jusqu’à aujourd’hui.

Le peuplement du Plateau-Mont-Royal, c’est-à-dire du territoire que nous appelons ainsi depuis quelques décennies, a commencé au début du dix-huitième siècle aux abords de tanneries, à proximité de l’intersection de trois chemins majeurs du nord de l’ancienne ville de Montréal. Cette première activité artisanale, dans un territoire en partie déboisé pour le chauffage des citadins, va attirer ouvriers et journaliers, alors que d’autres vont travailler aux carrières qu’on exploite pour la pierre de taille et la chaux. Au début du dix-neuvième siècle, le territoire du Plateau est divisé en grands domaines de notables canadiens anglais et canadiens français qui en font cultiver les terres, exploitent des champs de course et y installent leurs villas. La vaste municipalité rurale de Côte-Saint-Louis comprend plusieurs hameaux et villages dont certains, comme Saint-Jean-Baptiste, obtiendront leur autonomie municipale. À partir du milieu du dix-neuvième siècle, les domaines sont divisés en lots à bâtir par leurs propriétaires ou par des promoteurs audacieux. Constructions d’église, services de tramway, avantages fiscaux pour les entreprises et migrations d’origine rurale favoriseront l’urbanisation de ces premières banlieues.

Champ de course de l'Exposition provinciale en 1881. (Canadian Illustrated News, 24 septembre 1881, BANQ)

Incendie de la première église Saint-Jean-Baptiste (1874-1898). (Le Monde illustré, vol 14, no 719, 12 février 1898, Albums de rues E.-Z. Massicotte, BAnQ)

Annexé à Montréal en 1886, le quartier Saint-Jean-Baptiste va poursuivre son développement avec l’aménagement de deux grands parcs à ses extrémités, l’industrialisation du boulevard Saint-Laurent à l’ouest, l’établissement d’une grande laiterie à l’est, la croissance de trois artères commerciales majeures et l’urbanisation complète de son territoire avec les fameux « plex » à escaliers extérieurs qui deviennent l’habitation type de Montréal, réunissant petite bourgeoise, employés et ouvriers dans une vie sur trois étages.

Panorama du parc Lafontaine vers 1910. MP-0000.840.26, Musée McCord.

La Laiterie J.-J. Joubert sur la rue Saint-André, au sud de la rue Rachel vers 1915. (Montreal Old and New, Lorenzo Prince, Charles Gordonsmith, Ben Deacon, M. M. Marcy, 509 pages, 1915 , International Press Syndicate)

Deux maison types de l'évolution de l'architecture résidentielle sur le Plateau Mont-Royal : le duplex à porte cochère et le triplex à escaliers extérieurs. (maquettes construites à partir de « Maisons ouvrières de Montréal », Bernard Vallée, L'Autre Montréal, 1992.  Deux maquettes à découper et à assembler, avec notes historiques)

Au vingtièmee siècle, l’installation d’immigrants européens, d’Europe centrale et de l’Est d’abord puis d’Europe du Sud va transformer sa population. Menacé par les bouleversements du centre-ville et par la détérioration d’une partie de son bâti, le quartier va voir, dès les années 1970, l’éveil de sa population à la défense de son patrimoine et de son milieu de vie. Si le regain d’intérêt pour ce cadre pittoresque et convivial centenaire va contribuer à sa sauvegarde, il devient de plus en plus difficile de maintenir la mixité sociale qui a marqué le secteur depuis ses origines.

Montréal, vers 1905-1910. Panorama de Saint-Jean-Baptiste vu du Mont-Royal. Au centre, la deuxième église paroissiale avec son dôme. Elle va brûler en 1911.

Ne manquez pas le circuit : « Saint-Jean-Baptiste : la ville des zouaves au cœur du Plateau » (circuit à pied). Dimanche 22 juin, 9 h 30 à 12 h 30. 10 $. Animateur : Bernard Vallée de Montréal Explorations.

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