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Les cinq vies du square Viger

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Le square Viger en automne. Montreal in picture, 2012.

Le square Viger en automne. Montreal in picture, 2012.

Les cinq vies du square Viger

Le square Viger, peu fréquenté, souvent mal-aimé mais surtout méconnu, fait partie du projet d’aménagement des espaces publics qui entourent la station de métro Champ-de-Mars, dont le projet de place sur le futur recouvrement de l’autoroute Ville-Marie. Au moment où l’on se questionne sur l’avenir d’un des plus vieux squares de la ville, nous vous proposons d’explorer son passé, parce que la connaissance de son histoire et de ses transformations successives depuis 1818 peut nous éclairer.

En comprenant ce que cet espace et son voisinage ont déjà représenté dans l’histoire urbaine et sociale de Montréal et ce qu’ils sont aujourd’hui, cela nous permet d’intégrer l’esprit de ce lieu dans notre réflexion collective sur les usages et les aménagements futurs du square.

 

Qu’a représenté le square Viger pour l’aménagement urbain de Montréal, quel rôle a-t-il joué pour les Montréalais ?

Au début du 19e siècle, comme place de marché public (1818), il est un accélérateur d’urbanisation pour les grands propriétaires fonciers du faubourg Saint-Louis lent à se développer ; on veut constituer à l’est de la ville le pendant du marché au foin de l’ouest (1813) qui deviendra plus tard le square Victoria.

À partir milieu du 19e siècle, comme jardin d’agrément (1860), il devient un des lieux de prestige mondain de la bourgeoisie francophone qui rêve d’un centre-ville canadien français dans l’est de Montréal, comme le square Victoria le devient à la même époque pour la bourgeoisie anglophone de l’ouest de la ville.

À partir de la fin du 19e siècle, avec l’établissement de la gare et de l’Hôtel Viger (1898) puis de l’École des HEC (1910), il fait partie du projet de centre économique de l’Est cher aux élites francophones. Il fait ainsi écho au square Dominion et à la gare Windsor à l’ouest de la ville, mais on ne voit pas se réaliser le développement souhaité. Progressivement, la population alentour s’appauvrit ; le square perd son prestige, mais demeure un lieu très fréquenté.

Dans les années 1970 et 1980, après avoir été démantelé par le creusement du métro et celui de l’autoroute est-ouest, le square fait l’objet d’un projet paysagé et d’art public innovateur qui tente de lui redonner une nouvelle identité. Mais le nouveau contexte urbain et social du square n’a pas permis au square Viger de jouer le rôle convivial et ludique qu’on lui destinait et l’a plongé dans le coma.

Aujourd’hui, avec le développement d’un important pôle de la santé autour du nouveau méga-hôpital du CHUM et avec l’effacement du fossé créé par l’autoroute entre le Vieux-Montréal et le reste de la ville, le square est un des secteurs important du projet de réaménagement des espaces publics à proximité de la station de métro Champ-de-Mars.

 

1. Un marché public pour stimuler le développement du faubourg

 

Le monument au patriote Chénier est installé depuis 1895 sur ce qu’il reste du premier espace public aménagé ici en 1818, à cheval sur la rue Saint-Denis, la place du marché Viger. C’est aujourd’hui un espace à l’abandon, avec une statue orpheline de son écrin résidentiel, au pied du nouveau Centre de recherche du CHUM.

 

Monument à Chénier, place Viger, 1895. Le Monde Illustré, 7 septembre 1895, BAnQ.

Monument à Chénier, place Viger, 1895. Le Monde Illustré, 7 septembre 1895, BAnQ.

Démolition de la place Viger en 1965, pour le creusement du métro. Photo, David W. Marvin.

Démolition de la place Viger en 1965, pour le creusement du métro. Photo, David W. Marvin.

C’est d’abord un terrain marécageux qui coupe en deux le faubourg Saint-Louis et freine son développement.

Le square Viger est né au début du 19e siècle de l’initiative de nouvelles familles bourgeoises canadiennes françaises, comme les Papineau ou Viger, désireuses d’orienter et d’accélérer l’urbanisation et la valorisation de leurs terres du faubourg Saint-Louis, aux portes de la vieille ville de Montréal.

Plan du marché public sur les terrains donnés par les familles Papineau et Viger, 1817. Jacques Viger, 1817. Bibliothèque et Archives Canada, NMC1505.

Plan du marché public sur les terrains donnés par les familles Papineau et Viger, 1817. Jacques Viger, 1817. Bibliothèque et Archives Canada, NMC1505.

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Plan de Montréal en 1846. James Cane. Archives de Montréal, VM66-S4P019.

 

L’opération commence par l’ouverture de la rue Saint-Denis en 1817 et le don d’un terrain à la Ville pour l’aménagement en 1818 d’un marché public au sud et de part et d’autre de la rue Saint-Denis, la place Viger. Ce premier marché agricole, aux bestiaux et au foin, de l’est francophone correspond à celui de la première place Victoria dans l’ouest anglophone. Ce premier aménagement a une fonction économique commerciale et comprend une pesée publique.

L’opération immobilière se poursuit un peu plus au nord avec le don à l’Église catholique en 1822, par les mêmes familles Papineau et Viger, d’un terrain pour construire la première cathédrale (1823 à 1852) et pour aménager un square, le square Saint-Jacques (place Pasteur actuelle), à l’angle des rues Saint-Denis et Sainte-Catherine. Ce centre religieux attire d’autres institutions sociales et éducatives catholiques.

 

Cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur et square Saint-Jacques, 1828. Aquarelle de John P. Drake, Musée des Beaux-arts du Québec.

Cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur et square Saint-Jacques, 1828. Aquarelle de John P. Drake, Musée des Beaux-arts du Québec.

 

2. Un « jardin de Plaisirs » pour un nouveau quartier bourgeois. 

 Le square Viger avec ses jardins, ses fontaines, ses serres, son kiosque à musique, ses illuminations et ses activités festives programmées devient dans la 2e partie du 19e siècle un des principaux centres de la vie mondaine montréalaise. Quelques édifices sur l’avenue Viger au nord du square, dont celui de l’Union française, témoignent du rang social élevé de leurs premiers résidents et du soin qui a été accordé à leur architecture bien en vue sur le square.

 

Carte du Grand incendie de Montréal en juillet 1852. Le jardin Viger était entouré par les deux conflagrations qui fit près de 15 000 sinistrés.

Carte du Grand incendie de Montréal en juillet 1852. Le jardin Viger était entouré par les deux conflagrations qui fit près de 15 000 sinistrés.

 

En effet, après le grand incendie de 1852, l’aménagement du secteur se complète en 1848 avec la transformation du marché Viger en square et son aménagement en « jardin de plaisir » en 1860, à la demande expresse de nouveaux donateurs dont la famille Lacroix. Le square Viger prendra sa taille actuelle en 1892 avec la disparition du marché aux bestiaux au bord de la rue Saint-André.

 

La place Viger, le jardin Viger et le marché aux bestiaux en 1879. Atlas Hopkins, 1879-030. BAnQ.

La place Viger, le jardin Viger et le marché aux bestiaux en 1879. Atlas Hopkins, 1879-030. BAnQ.

La place Viger, le jardin Viger et le marché aux bestiaux en 1879. Atlas Hopkins, 1879-030. BAnQ.

Le square Viger en 1866, vu des tours de Notre-Dame. Musée McCord.

Le square Viger vers 1870. Sandham, Ville-Marie or Sketches of Montreal Past & Présent.

Le square Viger vers 1870. Sandham, Ville-Marie or Sketches of Montreal Past & Présent.

Fontaine, kiosque à musique et serre du square Viger, vers 1875. William Notman, Musée McCord, VIEW-561.1.

Fontaine, kiosque à musique et serre du square Viger, vers 1875. William Notman, Musée McCord, VIEW-561.1.

 

Au nord de Sherbrooke, le nouveau square Saint-Louis est créé en 1876 sur Saint-Denis et aménagé en 1880 ; il complète l’axe bourgeois de la rue Saint-Denis jusqu’aux limites d’alors de Montréal.

Ainsi, le long de Saint-Denis, trois squares chics, Viger au sud, Saint-Jacques au centre, et Saint-Louis au nord, structurent l’espace urbain d’une classe privilégiée qui y établit ses résidences et de grandes institutions, et qui rêve d’un centre-ville dans l’est de Montréal.

 

Assemblée de victoire électorale au square Viger en 1872. Canadian Illustrated News, 7 septembre 1872. BAnQ.

Assemblée de victoire électorale au square Viger en 1872. Canadian Illustrated News, 7 septembre 1872. BAnQ.

 

La notoriété et le prestige des lieux assurent une plus-value qui permet la construction de résidences plus luxueuses dédiées à la bourgeoisie. Le square Viger devient un véritable centre d’attraction qui contribue à l’essor du développement immobilier dans le secteur situé à l’est de Saint-Denis.

 

Fontaine construite en 1851 au square Viger, vers 1870. Au fond, les nouvelles maisons bourgeoises. W. Notman.

Fontaine construite en 1851 au square Viger, vers 1870. Au fond, les nouvelles maisons bourgeoises. W. Notman.

 

Quelques maisons bourgeoises témoignent de ce passé bourgeois et de l’évolution : 429 avenue Viger Est, 1867, maison Jacques-Félix-Sincennes, devient l’Union [nationale] française, à partir de 1908.

 

Deuxième édifice de l'Union nationale française, 1901-1908. BAnQ.

Deuxième édifice de l’Union nationale française, 1901-1908. BAnQ.

Deuxième édifice de l'Union nationale française, 1901-1908. BAnQ.

Troisième édifice de l’Union nationale française, avenue Viger, 1901-1908. BAnQ.

 

La maison d’à côté, 419-427 avenue Viger Est, construite vers 1875, avec sa tour d’angle de forme carrée, et ses fenêtres cintrées jumelées et surmontée d’une mansarde, a subi l’évolution de bien des anciennes résidences unifamiliales bourgeoises du secteur : d’abord transformées en maisons de rapport avec leur subdivision en appartements pour la petite bourgeoisie, elle sont devenue des maisons de chambre pour professionnels ou employés célibataires, puis plus récemment pour démunis.

 

419-427 et 429, avenue Viger, ancienne maisons bourgeoises du square Viger. Bernard Vallée, 2015.

419-427 et 429, avenue Viger, ancienne maisons bourgeoises du square Viger. Bernard Vallée, 2015.

 

3. Le coeur d’un nouveau centre économique pour l’Est francophone

Construit en 1898, au bord du square Viger, par le CPR, à la demande pressante de l’élite canadienne française et des dirigeants de la Ville, la gare-hôtel Viger et son architecture spectaculaire de château néo-renaissance française de l’architecte Bruce Price font écho à la gare Windsor (1889) au bord du square Dominion à l’ouest et son architecture néo-romane du même architecte (1876 et 1880). Elle remplace une première gare plus modeste construite en 1884, la gare Dalhousie.

 

Gare-hôtel Viger. Bibliothèque et Archives Canada, PA-032293.

Gare-hôtel Viger. Bibliothèque et Archives Canada, PA-032293.

Square Viger, 1912. Atlas Goad, BAnQ.

Square Viger, 1912. Atlas Goad, BAnQ.

Square Viger et gare-hôtel Viger, vers 1927. BAnQ, E21,CAFC,X14.

Square Viger et gare-hôtel Viger, vers 1927. BAnQ, E21,CAFC,X14.

 

Cette gare ferroviaire veut contribuer au projet de centre économique de l’Est cher aux élites francophones. Le quartier a déjà attiré une succursale de l’Université Laval (édifice principal construit en 1895), qui va devenir l’Université de Montréal, et lui donner le nom de « quartier latin ». D’autres institutions d’enseignement supérieur vont suivre, dont l’École des Hautes Études Commerciales qui s’établit directement sur le square Viger en 1910. De grands commerces canadiens français, comme le grand magasin à rayons Dupuis Frères, se développent un peu plus au nord sur la rue Sainte-Catherine.

 

École des Hautes études commerciales, vers 1910. Musée McCord, MP-0000.840.11.

École des Hautes études commerciales, vers 1910. Musée McCord, MP-0000.840.11.

 

Fin du 19e siècle

Square Viger, 1898. Photo, William H. Carre, Archives de Montréal, VM6-D1901-136-A-010.

Square Viger, 1898. Photo, William H. Carre, Archives de Montréal, VM6-D1901-136-A-010.

 

Début du 20e siècle

Carré Viger, Montréal, Qc, vers 1907, Neurdein Frères. Musée McCord, MP-0000.840.6.

Carré Viger, Montréal, Qc, vers 1907, Neurdein Frères. Musée McCord, MP-0000.840.6.

Square Viger, vers 1910. Musée McCord.

Square Viger, vers 1910. Musée McCord.

 

Années 1920-1930

Vue aérienne du square Viger, vers 1927. BAnQ, E21CAFCXO2bis.

Vue aérienne du square Viger, vers 1927. BAnQ, E21CAFCXO2bis.

Le square Viger en 1937. Conrad Poirier, BAnQ, 06M_P48S1P01646

Le square Viger en 1937. Conrad Poirier, BAnQ, 06M_P48S1P01646

 

Années 1940-1950

Panorama des années 1930-1940.

Panorama des années 1930-1940.

Vue aérienne du square Viger, 1947-1949. Archives de Montréal, VM97-3_7P7-34.

Vue aérienne du square Viger, 1947-1949. Archives de Montréal, VM97-3_7P7-34.

 

Début des années 1960

La fermeture du grand hôtel en 1935 puis de la gare en 1950 et le départ de l’université dans les années 1940, vont marquer le début du déclin du secteur, la migration de la population bourgeoise vers d’autres parties de la ville et la transformation de la vocation des édifices qui entourent le square.

Émondage au square Viger, 25 mars 1961. Archives de Montréal, VM94-Z1434-2.

Émondage au square Viger, 25 mars 1961. Archives de Montréal, VM94-Z1434-2.

 

Les grandes demeures sont transformées en maisons de rapport puis en maisons de chambre et le square, particulièrement dans les années 1930, va accueillir la population déshéritée qui fréquentent les refuges pour indigents à proximité, comme le refuge municipal Meurling sur la rue Saint-Louis construit en 1914.

 

Refuge Meurling, vers 1932. Archives de Montréal, VM94-Z35.

Refuge Meurling, vers 1932. Archives de Montréal, VM94-Z35.

Sieste au square Viger, 1944. Fond Conrad Poirier.  BAnQ, P48-S1-P10463.

Sieste au square Viger, 1944. Fond Conrad Poirier. BAnQ, P48-S1-P10463.

 

4. Un projet paysager et d’art public

L’aménagement actuel du square a été conçu dans le cadre d’un projet paysagé et d’art public très innovateur au dessus du métro et de la dalle sous laquelle passe la nouvelle autoroute. La restauration ou la transformation, complète ou partielle, de ces œuvres qui ont mal vieillies sont des enjeux du réaménagement prévu dans les années qui viennent.

 

Le square Viger en 1964, avant le creusement du métro et de l'autoroute. On observe l'élargissement de la rue Berri. Archives de Montréal, VM94-Ad9-35.

Le square Viger en 1964, avant le creusement du métro et de l’autoroute. On observe l’élargissement de la rue Berri. Archives de Montréal, VM94-Ad9-35.

 

Dès le début du 20e siècle, plusieurs projets de réaménagement sont suggérés pour ce vaste espace ; on songe à y construire une bibliothèque municipale, un auditorium pour souligner le tricentenaire de fondation de la ville, ou encore, dans les années 1950, à y aménager un vaste terrain de stationnement.

Dans les années 1960 et 1970, la construction du métro et l’aménagement de l’autoroute Ville-Marie va avoir raison de l’aménagement centenaire du square Viger.

 

Démolitions en vue du creusement du métro et de la construction de la station Cham-de-Mars, 1965. Armour Landry. BAnQ, 06M_P97S1P07555.

Démolitions en vue du creusement du métro et de la construction de la station Cham-de-Mars, 1965. Armour Landry. BAnQ, 06M_P97S1P07555.

Vue aérienne du square Viger lors du démentellement du secteur ouest pour le passage du métro, 1966. Henri Rémillard. Archives de Montréal, VM94-B28-001.

Vue aérienne du square Viger lors du démentellement du secteur ouest pour le passage du métro, 1966. Henri Rémillard. Archives de Montréal, VM94-B28-001.

Construction de l'autoroute Est-Ouest (Ville-Marie), 1969. Antoine Désilets. BAnQ, 06M-P697S1SS1SSS08D017-153.

Construction de l’autoroute Est-Ouest (Ville-Marie), 1969. Antoine Désilets. BAnQ, 06M-P697S1SS1SSS08D017-153.

 

Pour réparer les dégâts et faire avaler la destruction du square à la population, le Ministère des Transport du Québec confie à LAVALIN le soin de recréer un nouvel espace public.

La conception du nouveau square est confiée à trois artistes sculpteurs en 1976, mais les travaux ne se réaliseront qu’en 1983-1984 sous la forme de trois parties indépendantes, posées sur la dalle qui recouvre l’autoroute Ville-Marie.

 

Le square Viger après le passage du métro et de l'autoroute en 1975. La place Viger a perdu sa couronne de résidences ; la section ouest du square est devenue un stationnement. Rhéal Benny. Archives de Montréal, VM094-B181-005.

Le square Viger après le passage du métro et de l’autoroute en 1975. La place Viger a perdu sa couronne de résidences ; la section ouest du square est devenue un stationnement. Rhéal Benny. Archives de Montréal, VM094-B181-005.

 

La commande de la firme d’ingénieurs-conseil LAVALIN, mandatée par le Ministère des Transports du Québec pour aménager cet espace public qui sera remis à la Ville de Montréal, définit trois sections indépendantes qu’on doit isoler du trafic intense des voies de desserte que sont devenues l’avenue Viger et la rue Saint-Antoine, et prévoit un lieu de rassemblement public où des évènements doivent être programmés par la Ville.

 

Plan des aménagements de 1984 du square Viger. Cardinal Hardy, 2003.

Plan des aménagements de 1984 du square Viger. Cardinal Hardy, 2003.

 

Le contexte urbain et social du nouveau square et le vieillissement prématuré des œuvres d’art et des équipements n’ont jamais vraiment permis au square Viger et à ses nouvelles composantes de jouer le rôle qu’on leur destinait :

  • un lieu de rassemblement, l’Agora – la section aménagée par Charles Daudelin ;
  • un parc ornemental, la section de Claude Théberge ;
  • une aire de jeux, la section de Peter Gnass.

 

Plan de L'Agora (îlot A) du square Viger. Lalonde Valois Lamarre (LAVALIN) et Ministère des Transports, 1982.

Plan de L’Agora (îlot A) du square Viger. Lalonde Valois Lamarre (LAVALIN) et Ministère des Transports, 1982.

Maquette de l'Agora du square Viger de Charles Daudelin, 1983.

Maquette de l’Agora du square Viger de Charles Daudelin, 1983.

Mastodo, fontaine de Charles Daudelin dans l'Agora du square Viger. Photo, Éric Daudelin.

Mastodo, fontaine de Charles Daudelin dans l’Agora du square Viger. Photo, Éric Daudelin.

 

Ceinturé par des voies rapides, le square Viger est refermé sur lui-même par un périmètre opaque ayant contribué à son occupation presque exclusive par une population de marginaux et de sans abri dont la présence éloignent souvent les autres usagers, résidents, employés du secteur ou visiteurs et touristes du Vieux-Montréal. Même le développement tout proche de l’UQÀM n’a pas réussi à sortir le square de sa torpeur.

 

Les aménagements du square Viger, en 1989. Réjean Martel. Archives de Montréal, VM94-B273-058.

Les aménagements du square Viger, en 1989. Réjean Martel. Archives de Montréal, VM94-B273-058.

Plan des aménagements de la place culturelle des Outgames de Montréal au square Viger en 2006.

Plan des aménagements de la place culturelle des Outgames de Montréal au square Viger en 2006.

L'Agora comme place culturelle des Outgames de Montréal au square Viger en 2006.

L’Agora du square Viger durant les Outgames en 2006.

L'Agora comme place culturelle des Outgames de Montréal au square Viger en 2006.

L’Agora comme place culturelle des Outgames de Montréal au square Viger en 2006.

Vue aérienne du square Viger en 2015. Les fontaines ne fonctionnent plus et les bassins sont vides dans les îlots A (Agora) et B ; l'îlot C a été réaménagé en 2005.

Vue aérienne du square Viger en 2015. Les fontaines ne fonctionnent plus et les bassins sont vides dans les îlots A (Agora) et B ; l’îlot C a été réaménagé en 2005.

Tente de sans abri au square Viger. Bernard Vallée, 2014.

Tente de sans abri au square Viger. Bernard Vallée, 2014.

«Dortoir» de sans abri à l'Agora du square Viger. Bernard Vallée, 2014.

«Dortoir» de sans abri à l’Agora du square Viger. Bernard Vallée, 2014.

5. Au coeur du nouveau quartier de la santé

Le clocher de l’ancienne église Holy Trinity de 1865 est en cours de reconstitution sur une des façades d’un des nouveaux édifices du CHUM, le méga-hôpital francophone, alors qu’à l’intérieur du pavillon on a intégré la façade d’une demeure de 1871. L’énorme masse sans élégance du CRCHUM domine le square.

 

Ancienne église de la Trinité en 1890. William Notman. Musée McCord, II-94148.

Ancienne église de la Trinité en 1890. William Notman. Musée McCord, II-94148.

Reconstruction du clocher d'origine de l'ancienne église de la Trinité dans le projet du CHUM. Bernard Vallée, 2015.

Reconstruction du clocher d’origine de l’ancienne église de la Trinité dans le projet du CHUM. Bernard Vallée, 2015.

 

L’établissement du CHUM, de son centre de recherche et probablement d’autres activités liées au domaine de la santé aux abords du square Viger va considérablement modifier la vocation du secteur et augmenter son achalandage. Le réaménagement du square Viger et du secteur Champs-de-Mars en général doit tenir compte de ce nouvel arrivant dans le paysage et la vie urbaine.

 

Centre de recherche et méga-hôpital du CHUM et le square Viger. Bernard Vallée, 2015.

Centre de recherche et méga-hôpital du CHUM et le square Viger. Bernard Vallée, 2015.

 

Le CHUM marque le retour en force du rôle d’important centre d’institutions de santé et de services sociaux avant la lettre que ce secteur de la ville a tenu, du milieu du 19e siècle à celui du 20e. Hospices, orphelinats, crèches, maternité, institut contre la tuberculose, refuges pour indigents forment alors un dense réseau que l’hôpital Saint-Luc vient compléter en 1902 avant de se construire un élégant édifice art déco en 1927. Il disparaîtera dans quelques années, lors de la dernière phase de construction du CHUM.

 

Hôpital Saint-Luc (1928), rue Saint-Denis, 1936.

Hôpital Saint-Luc (1928), rue Saint-Denis, 1936.

Projet de méga-hôpital pour le CHUM et le square Viger. CHUM, 2014.

Projet de méga-hôpital pour le CHUM et le square Viger. CHUM, 2014.

 

Dans le cadre du recouvrement de l’autoroute entre la rue Sanguinet et l’avenue Hôtel-de-Ville, la Ville de Montréal prévoit la création d’un nouvel espace public , parvis du CHUM et du Vieux-Montréal, autour de la station de métro et la requalification du Champ-de-Mars et du square Viger. La conservation et la mise en valeur des aménagements du square ou leur remplacement sont à l’ordre du jour du débat public et du projet de réaménagement du « Secteur Champ-de-Mars ».

Plusieurs propositions de restauration des aménagements d’origine de l’Agora et de réanimation de l’espace public ont été faites.

 

Projet de restauration de l'Agora du square Viger.

Projet de restauration de l’Agora du square Viger.

Projet de restauration de l'Agora du square Viger par l'Étude Lafontaine-Langford, avec la collaboration de Docomomo-Québec, Design-UQÀM et le RAAV. 2015.

Projet de restauration de l’Agora du square Viger par l’Étude Lafontaine-Langford, avec la collaboration de Docomomo-Québec, Design-UQÀM et le RAAV. 2015.

 

Sans attendre le projet d’aménagement de l’ensemble du secteur, ni même celui du square en entier, l’administration municipale a condamné l’aménagement de l’Agora de Charles Daudelin en juin 2015, considérant qu’il est impossible de le réhabiliter. La très pauvre proposition de la Ville de Montréal n’a soulevé que peu d’intérêt.

On fait porter à l’architecture de cette partie du square la responsabilité entière de son dysfonctionnement… Pourtant, on sait très bien que le square a été négligé, les bris jamais réparés et qu’il n’a jamais bénéficié d’une programmation d’activités qui faisait pourtant partie du projet initial.

Si le square a été déserté et est devenu un refuge pour une population fragile et en détresse, c’est surtout à cause du déclin économique et démographique du secteur, à cause des voies rapides que sont devenues Viger et St-Antoine, à cause de la présence inévitable dans le centre-ville d’une population laissée pour compte que nos services sociaux peinent à remettre sur pied et à loger décemment, faute de moyens suffisants. Qu’est-ce que la destruction de l’architecture de «l’Agora» de Daudelin va régler puisqu’on ne s’attaque pas aux autres facteurs déterminants de sa désuétude ?

Seul élément nouveau, l’installation du CHUM et de ses dizaines de milliers d’employés et de «visiteurs» va pouvoir donner une nouvelle chance au secteur de se réanimer, sans nécessairement avoir à faire table rase de son aménagement actuel, mais en l’ajustant, en réveillant les oeuvres dans le coma et en programmant des activités culturelles, festives et de marché public comme à l’origine.

Quant au projet présenté aujourd’hui par la Ville, on ne peux que rappeler le principe qu’on ne devrait jamais remplacer un aménagement par un autre qui ne soit pas d’une qualité supérieure…

 

Proposition de réaménagement de l'Agora du square Viger par la Ville de Montréal. 2015.

Proposition de réaménagement de l’Agora du square Viger par la Ville de Montréal. 2015.

 

Allez, au travail citoyennes, citoyens et aménagistes ! 

Monument au patriote Chénier, place Viger. Bernard Vallée, 2015.

Monument au patriote Chénier, place Viger. Bernard Vallée, 2015.

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